Un juge fédéral australien a ouvertement mis en cause la bonne foi de Tesla dans un recours collectif regroupant 10 000 conducteurs. Lors d’une audience vendredi, le magistrat Tom Thawley a prévenu que l’entreprise pouvait s’attendre à « un très mauvais moment » si elle ne coopérait pas sérieusement d’ici le 31 juillet 2026. Le dossier porte sur plusieurs griefs : les promesses autour du Full Self-Driving, l’autonomie annoncée des batteries et les épisodes de freinage fantôme.
Ce qu’il s’est passé
Selon Reuters relayé par CleanTechnica, la procédure de découverte (discovery) est en cours depuis huit mois. Résultat à ce stade : Tesla n’a produit que 2 000 documents.
Pour un recours collectif impliquant 10 000 plaignants, ce volume est jugé nettement insuffisant par la partie adverse. L’avocate Rebecca Jancauskas, du cabinet JGA Saddler, a été directe devant le tribunal : « Au vu de ce que nous recevons, nous ne pouvons pas briefer nos experts. La maigreur des pièces communiquées est ce qui a tout bloqué. »
Le juge Thawley a partagé ce constat sans détour : « Je trouve sidérant que seulement 2 000 documents aient été produits et je me demande si l’exercice a été pris au sérieux. »
La deadline est désormais fixée au 31 juillet 2026. Si la production de documents reste insuffisante à cette date, le magistrat a clairement indiqué qu’il examinerait en détail la façon dont le processus a été conduit, et ce que Tesla a ou n’a pas fait.
Les trois griefs au cœur du dossier
Ce recours collectif ne porte pas uniquement sur le FSD. Trois axes principaux sont mis en avant par les plaignants :
- Full Self-Driving (FSD) : Tesla aurait présenté ses capacités de conduite autonome de manière trompeuse pour inciter à l’achat ou à l’abonnement.
- Autonomie des batteries : les chiffres communiqués aux clients australiens ne reflèteraient pas les performances réelles en conditions d’usage quotidien.
- Freinage fantôme (phantom braking) : des freinages brusques et inattendus, sans obstacle réel, auraient été signalés par un grand nombre de conducteurs.
Les plaignants demandent également l’accès aux documents portant sur les logiciels d’ingénierie et les systèmes informatiques embarqués. Ils souhaitent aussi obtenir des données sur des plaintes formulées en dehors de l’Australie, pour établir si Tesla avait connaissance de ces problèmes à plus grande échelle.
Le contexte : une tendance plus large
Ce n’est pas uniquement en Australie que Tesla fait face à des actions en justice sur ces sujets. Des recours collectifs similaires sont en cours aux États-Unis, notamment autour du FSD et du freinage fantôme.
La question du FSD est particulièrement sensible en ce moment. En Europe, le déploiement progresse lentement : la Belgique vient tout juste d’autoriser des tests du FSD Supervised, mais dans un cadre encore très encadré, loin d’un déploiement grand public.
Sur le plan commercial, Tesla traverse une période de pression concurrentielle et tarifaire. Aux États-Unis, les prix du Model Y ont été relevés pour la première fois depuis deux ans, dans un contexte où chaque décision de prix est scrutée de près. Un feuilleton judiciaire qui s’éternise ne simplifie pas la communication de la marque.
Ce que ça veut dire concrètement
La procédure de discovery dans un procès américano-australien est exigeante. Les entreprises doivent produire tous les documents pertinents, y compris les emails internes, les rapports techniques et les données de plaintes clients. Tesla n’est pas la première entreprise à traîner dans cet exercice, mais 2 000 documents en huit mois pour un dossier de cette ampleur, c’est un chiffre difficile à justifier.
Concrètement, si le juge Thawley estime que la coopération est délibérément insuffisante, plusieurs options existent : sanctions financières, injonctions à produire les documents sous astreinte, voire des conséquences sur la recevabilité des arguments de défense de Tesla lors du procès au fond. La formulation du juge, « you can expect a really bad time », laisse volontairement planer le doute sur la nature exacte des mesures envisagées.
Ce qui est clair : le tribunal ne compte pas attendre indéfiniment. La date du 31 juillet est ferme.
Mon avis
Je ne suis pas juriste, et ce dossier est encore loin d’un jugement au fond. Mais la posture de Tesla dans cette procédure pose une vraie question de confiance. Retarder la production de documents dans un recours qui porte précisément sur la transparence envers les clients, c’est un signal difficile à lire positivement. Si les griefs sont infondés, la meilleure stratégie reste de le démontrer rapidement avec les preuves. Faire traîner ne convainc personne.
FAQ
FAQ
De quoi accuse-t-on Tesla dans ce recours collectif australien ?
Les 10 000 plaignants reprochent à Tesla trois choses : avoir présenté le Full Self-Driving de manière trompeuse, avoir affiché des autonomies de batterie supérieures à la réalité, et ne pas avoir correctement informé les clients sur les épisodes de freinage fantôme.
Qu’est-ce que la procédure de discovery et pourquoi est-elle bloquée ?
La discovery est la phase d’échange de preuves avant un procès. Tesla n’a produit que 2 000 documents en huit mois, ce que le juge et les avocats des plaignants jugent insuffisant. Sans ces pièces, les experts de la partie plaignante ne peuvent pas préparer leur analyse technique.
Que risque Tesla si elle ne respecte pas la deadline du 31 juillet 2026 ?
Le juge Thawley n’a pas précisé les sanctions exactes, mais a averti que Tesla pouvait s’attendre à ‘un très mauvais moment’. Concrètement, cela peut aller de sanctions financières à des injonctions sous astreinte, voire des conséquences sur la stratégie de défense au fond.
Ce type de recours collectif existe-t-il aussi ailleurs qu’en Australie ?
Oui. Des class actions similaires sont en cours aux États-Unis, sur des griefs comparables autour du FSD et du freinage fantôme. L’affaire australienne n’est pas isolée.
Le FSD est-il concerné par des procédures réglementaires en Europe également ?
En Europe, le FSD Supervised vient d’être autorisé en Belgique, mais uniquement pour des tests encadrés. Ce n’est pas un déploiement commercial. Les discussions réglementaires restent en cours dans la plupart des pays européens.